Kératocône en chiffres : fréquence, âge et facteurs de risque

Combien de personnes sont réellement touchées par le kératocône ? À quel âge cette maladie de la cornée apparaît-elle le plus souvent ? Est-elle plus fréquente chez les hommes ou chez les femmes ? Et surtout, quels sont les facteurs qui augmentent le risque de la développer ? Ces questions, fréquentes chez les personnes concernées comme chez leurs proches, appellent des réponses fondées sur des données précises.

Cet article propose une approche chiffrée du kératocône, en s’appuyant sur des études épidémiologiques et des méta-analyses récentes. L’objectif est de donner une vision claire de la fréquence de cette maladie, de sa répartition selon l’âge, le sexe et la région du monde, et de l’importance des différents facteurs de risque. Pour une présentation générale de la maladie, de ses symptômes et de son diagnostic, nous vous renvoyons à notre article dédié consacré à la description du kératocône.

Quelle est la fréquence du kératocône dans la population ?

La fréquence d’une maladie se mesure principalement par sa prévalence, c’est-à-dire la proportion de personnes atteintes à un moment donné dans une population. Concernant le kératocône, cette prévalence a longtemps été sous-estimée, et les chiffres ont sensiblement évolué avec les progrès des méthodes de mesure.

Une estimation historique désormais dépassée

Pendant des décennies, la référence en la matière fut une étude américaine ancienne, menée dans le Minnesota, qui estimait la prévalence du kératocône à environ 54,5 cas pour 100 000 personnes, soit à peu près 1 personne sur 2 000. Ce chiffre, très largement cité, reposait toutefois sur un échantillon de petite taille et sur des méthodes de diagnostic anciennes, ce qui en limite aujourd’hui la portée. Les moyens diagnostiques modernes ont conduit à réviser nettement ces estimations.

Les estimations actuelles

Les données récentes donnent une image très différente. Une méta-analyse publiée en 2020, portant sur plus de sept millions de participants issus de quinze pays, a estimé la prévalence mondiale du kératocône à environ 1,38 cas pour 1 000 personnes, soit près de 0,14 % de la population. Une méta-analyse plus récente, publiée en 2025 et regroupant 55 études, a quant à elle abouti à une prévalence groupée d’environ 289 cas pour 100 000 personnes, soit approximativement 0,24 % de la population. Selon cette dernière analyse, plus de 23 millions de personnes seraient concernées par le kératocône à l’échelle mondiale.

L’écart entre ces estimations et les chiffres anciens s’explique en grande partie par l’amélioration des techniques de dépistage. Les appareils modernes de cartographie de la cornée, comme la topographie et la tomographie, permettent de détecter des formes débutantes qui échappaient auparavant au diagnostic. Ainsi, certaines études récentes utilisant ces technologies avancées rapportent des prévalences encore plus élevées : une vaste étude allemande a par exemple retrouvé une prévalence d’environ 0,49 %, soit près de dix fois supérieure aux estimations historiques.

Pourquoi les chiffres varient-ils autant ?

La prévalence rapportée du kératocône varie considérablement d’une étude à l’autre, allant de proportions très faibles à plus de 2 % dans certaines populations. Cette variabilité s’explique par plusieurs facteurs. Le premier est la méthode de diagnostic employée : selon que l’on utilise un simple examen ou une cartographie cornéenne détaillée, et selon les critères retenus pour définir la maladie, les résultats diffèrent nettement. Une même population peut ainsi présenter des prévalences très différentes selon la définition adoptée.

Le deuxième facteur est la population étudiée : l’origine géographique et ethnique joue un rôle important, tout comme la tranche d’âge examinée. Enfin, une partie des personnes atteintes ignorent l’être, en particulier dans les formes débutantes, ce qui conduit les études fondées sur les données hospitalières à sous-estimer la fréquence réelle. Ces éléments expliquent pourquoi il n’existe pas un chiffre unique, mais une fourchette d’estimations.

À quel âge apparaît le kératocône ?

L’âge est une donnée centrale dans l’épidémiologie du kératocône, car cette maladie a la particularité de toucher préférentiellement les sujets jeunes, à un moment clé de leur vie.

Une maladie du sujet jeune

Le kératocône débute le plus souvent à la puberté ou au début de l’âge adulte, généralement entre 10 et 25 ans. C’est durant cette période que la maladie apparaît et qu’elle est la plus susceptible d’évoluer. Les données épidémiologiques confirment cette concentration sur les âges jeunes : la tranche d’âge des 20 à 29 ans est celle qui présente à la fois la plus forte prévalence, estimée à environ 525 cas pour 100 000 personnes, et la plus forte incidence, c’est-à-dire le plus grand nombre de nouveaux cas, dans les analyses récentes.

Une progression étalée sur plusieurs années

Une fois installé, le kératocône tend à progresser pendant une période de 10 à 20 ans avant que la forme de la cornée ne se stabilise. Cette évolution prolongée explique l’importance d’un suivi régulier chez les personnes jeunes. Un point mérite une attention particulière : plus le kératocône est diagnostiqué tôt, plus il est susceptible de progresser rapidement. Les formes apparaissant avant l’âge de 15 ans figurent parmi les plus évolutives, ce qui souligne l’intérêt d’un dépistage et d’un suivi attentifs chez l’enfant et l’adolescent.

Le kératocône touche-t-il plus les hommes ou les femmes ?

La question de la répartition entre les sexes fait l’objet de nombreuses études, avec des résultats parfois nuancés.

Les grandes analyses récentes suggèrent une légère prédominance masculine. Une méta-analyse de 2025 a ainsi retrouvé des probabilités un peu plus élevées chez les hommes que chez les femmes, avec un rapport de cotes d’environ 1,10. Cette différence, bien que statistiquement significative dans les grandes populations, reste modérée. Il est important de noter que cette prédominance masculine n’est pas retrouvée dans toutes les études : certaines cohortes, notamment l’étude allemande de grande ampleur mentionnée précédemment, n’ont pas mis en évidence de différence nette entre les sexes.

Autrement dit, si une tendance à une fréquence légèrement supérieure chez les hommes se dégage à l’échelle mondiale, le kératocône concerne clairement les deux sexes, et cette question ne modifie pas fondamentalement l’approche de la maladie pour une personne donnée.

Les facteurs de risque du kératocône en chiffres

Au-delà de la fréquence, les études épidémiologiques permettent de quantifier l’importance des différents facteurs de risque. Cette quantification s’exprime souvent par un rapport de cotes, ou odds ratio, qui indique dans quelle mesure un facteur augmente la probabilité de développer la maladie. Plus ce rapport est élevé, plus l’association est forte.

Les antécédents familiaux

Les antécédents familiaux constituent l’un des facteurs de risque les plus importants. Selon une méta-analyse de référence, le fait d’avoir un antécédent familial de kératocône est associé à un rapport de cotes d’environ 6,4, ce qui traduit une association particulièrement forte. Cette donnée confirme le poids de la composante génétique dans la maladie. Elle justifie qu’un dépistage soit proposé aux proches d’une personne atteinte, en particulier chez les adolescents, chez qui une détection précoce a tout son intérêt.

Le frottement des yeux

Le frottement répété et vigoureux des yeux est un facteur de risque majeur et, surtout, l’un des rares sur lesquels il est possible d’agir. Les études quantifient son impact : le frottement oculaire est associé à un rapport de cotes d’environ 3,1 dans la méta-analyse de référence. Certaines études régionales retrouvent des associations encore plus marquées. Une étude menée en Syrie a par exemple rapporté un rapport de cotes proche de 9 entre le frottement des yeux et le kératocône, soulignant la force de ce lien. Cette donnée renforce l’importance des recommandations visant à limiter le frottement des yeux, en particulier chez les personnes prédisposées.

Les allergies et les maladies atopiques

Le kératocône est également associé au terrain allergique et atopique. La méta-analyse de référence retrouve un rapport de cotes d’environ 1,4 pour les allergies, d’environ 1,9 pour l’asthme et d’environ 3,0 pour l’eczéma. Ces associations s’expliquent en partie par le lien entre ces affections et le frottement des yeux : les démangeaisons provoquées par les allergies incitent au frottement, créant un cercle vicieux qui peut favoriser ou aggraver le kératocône. La prise en charge d’une allergie oculaire s’inscrit ainsi dans une démarche globale.

Le lien avec l’astigmatisme important

Un astigmatisme important peut constituer un signe d’alerte. Une vaste étude de dépistage menée chez près de 900 000 adolescents a montré que la fréquence du kératocône augmente fortement avec le degré d’astigmatisme : elle passait d’environ 0,1 % pour un astigmatisme faible à plus de 17 % pour un astigmatisme très élevé. Ce lien explique pourquoi la constatation d’un astigmatisme marqué ou évoluant rapidement, en particulier chez un sujet jeune, conduit l’ophtalmologue à rechercher attentivement un éventuel kératocône.

Une fréquence qui varie selon les régions du monde

Le kératocône ne se répartit pas de façon homogène à la surface du globe. Les études mettent en évidence des différences importantes selon les régions et les origines ethniques.

Des contrastes géographiques marqués

Les données récentes montrent des écarts considérables d’une région à l’autre. La méta-analyse de 2025 rapporte une prévalence particulièrement élevée en Afrique, de l’ordre de 2 400 cas pour 100 000 personnes, et nettement plus faible en Europe, autour de 37 cas pour 100 000 personnes. En Asie, les chiffres varient fortement selon les sous-régions, avec des prévalences basses en Asie de l’Est et beaucoup plus élevées en Asie du Sud et de l’Ouest. Ces contrastes sont considérables et illustrent l’influence des facteurs régionaux.

Comment expliquer ces différences ?

Plusieurs éléments contribuent à ces variations géographiques. Les facteurs environnementaux, comme l’exposition solaire et les climats chauds et ensoleillés, sont évoqués pour expliquer une fréquence plus élevée dans certaines régions. Les facteurs génétiques et ethniques jouent également un rôle, de même que certaines pratiques comme les unions consanguines, qui augmentent le poids des antécédents familiaux dans certaines populations. Les populations d’Asie et du Moyen-Orient semblent par ailleurs présenter un début plus précoce et des formes parfois plus sévères. Enfin, une part des différences observées tient aussi aux méthodes d’étude et aux critères diagnostiques employés localement.

Une maladie de plus en plus fréquemment diagnostiquée

L’une des tendances les plus marquantes des données récentes est l’augmentation de la fréquence rapportée du kératocône au fil du temps.

Les analyses les plus récentes montrent une hausse de la prévalence et de l’incidence du kératocône au cours des dernières décennies, avec les estimations les plus élevées observées dans la période la plus récente. Le nombre de personnes concernées à l’échelle mondiale a lui aussi été revu à la hausse, dépassant désormais les 23 millions selon les estimations de 2025, un chiffre bien supérieur à celui avancé quelques années auparavant.

Cette augmentation doit toutefois être interprétée avec prudence. Elle reflète très probablement, pour une large part, l’amélioration des moyens diagnostiques : la généralisation des cartographies cornéennes permet aujourd’hui de détecter des formes qui seraient passées inaperçues auparavant. La hausse observée traduit donc à la fois une meilleure détection et, possiblement, une évolution réelle de la fréquence de la maladie. Quoi qu’il en soit, cette tendance souligne l’importance croissante accordée au dépistage précoce du kératocône.

Ce que ces chiffres signifient concrètement

Au-delà des pourcentages, ces données ont une signification concrète. Elles montrent que le kératocône, longtemps considéré comme une maladie rare, est en réalité plus fréquent qu’on ne le pensait, et qu’il concerne un nombre important de personnes, particulièrement des sujets jeunes. Elles rappellent aussi le rôle déterminant des antécédents familiaux et du frottement des yeux, deux facteurs qui justifient respectivement le dépistage des proches et la limitation du frottement.

Ces chiffres plaident en faveur d’une vigilance particulière face à certains signes, comme un astigmatisme évolutif chez un adolescent ou une baisse de vision inexpliquée chez un adulte jeune. Ils confirment l’intérêt d’un diagnostic précoce, rendu possible par les cartographies cornéennes, à un âge où la maladie est la plus susceptible d’évoluer. Comprendre le kératocône en chiffres, c’est finalement mieux mesurer l’importance du dépistage et du suivi de cette maladie.

Kératocône en chiffres : les points essentiels à retenir

La prévalence du kératocône est aujourd’hui estimée autour de 0,14 % à 0,24 % de la population mondiale selon les méta-analyses récentes, avec des chiffres plus élevés dans les études utilisant les technologies de cartographie les plus avancées. La maladie touche préférentiellement les sujets jeunes, avec un pic de fréquence chez les 20 à 29 ans, et débute le plus souvent entre 10 et 25 ans. Une légère prédominance masculine est rapportée à l’échelle mondiale, sans être retrouvée dans toutes les études.

Les principaux facteurs de risque sont quantifiés par les études : les antécédents familiaux et le frottement des yeux ressortent comme les plus importants, aux côtés du terrain allergique et atopique. La fréquence du kératocône varie fortement selon les régions du monde et apparaît en augmentation, en grande partie du fait de l’amélioration des moyens de diagnostic. Ces données confirment l’intérêt majeur d’un dépistage précoce, en particulier chez les jeunes et chez les proches des personnes atteintes.

Questions fréquentes

Quel pourcentage de la population est touché par le kératocône ?

Selon les méta-analyses récentes, la prévalence mondiale du kératocône est estimée entre environ 0,14 % et 0,24 % de la population, soit grossièrement une à deux personnes sur mille. Les études utilisant les technologies de cartographie cornéenne les plus avancées retrouvent parfois des chiffres plus élevés, autour de 0,5 %.

À quel âge le kératocône est-il le plus fréquent ?

Le kératocône débute généralement entre 10 et 25 ans. La tranche d’âge la plus concernée est celle des 20 à 29 ans, qui présente à la fois la plus forte prévalence et la plus forte incidence dans les études récentes.

Les antécédents familiaux augmentent-ils beaucoup le risque ?

Oui. Les antécédents familiaux figurent parmi les facteurs de risque les plus importants, avec un rapport de cotes d’environ 6 dans les méta-analyses de référence. C’est pourquoi un dépistage est souvent recommandé pour les proches d’une personne atteinte.

Le kératocône devient-il plus fréquent ?

Les données récentes montrent une augmentation de la fréquence rapportée du kératocône. Cette hausse s’explique en grande partie par l’amélioration des moyens de diagnostic, qui permettent de détecter davantage de formes débutantes, mais une augmentation réelle de la maladie n’est pas exclue.


Références

Les données chiffrées de cet article sont issues des publications suivantes :

  • Sriranganathan A, Chan CC, Dhillon J, Felfeli T. Global Incidence and Prevalence of Keratoconus: A Systematic Review and Meta-Analysis. Cornea. 2025.
  • Hashemi H, Heydarian S, Hooshmand E, et al. The Prevalence and Risk Factors for Keratoconus: A Systematic Review and Meta-Analysis. Cornea. 2020;39:263–270.
  • Hashemi H, et al. Étude de cohorte Gutenberg Health Study (GHS), prévalence du kératocône en population allemande.
  • Godefrooij DA, et al. Age-specific Incidence and Prevalence of Keratoconus: A Nationwide Registration Study. Acta Ophthalmol. 2017;95(3):222–231.
  • Kennedy RH, et al. A 48-year Clinical and Epidemiologic Study of Keratoconus (Minnesota).
  • Étude de dépistage du kératocône chez les adolescents astigmates (cohorte de dépistage à grande échelle).