La myopie en chiffres : une épidémie mondiale, où en est la France ?

Quelle part de la population française est myope ? Pourquoi parle-t-on d’une véritable « épidémie » de myopie à l’échelle mondiale ? Combien d’enfants sont concernés, et à quel rythme ces chiffres augmentent-ils ? La myopie n’est pas seulement le trouble visuel le plus fréquent : c’est aussi celui dont la progression, rapide et documentée, inquiète le plus les autorités de santé, en France comme ailleurs.

Cet article propose une approche chiffrée de la myopie, en s’appuyant sur des données épidémiologiques françaises, européennes et mondiales. L’objectif est de donner une vision claire de la fréquence de la myopie, de son évolution dans le temps, de sa répartition selon l’âge et les régions, et des enjeux qu’elle soulève. Pour une présentation générale de la myopie, de son mécanisme et de ses symptômes, nous vous renvoyons à notre article dédié consacré à la description de ce trouble.

Combien de personnes sont myopes en France ?

La myopie est le trouble de la réfraction le plus répandu en France. Plusieurs études récentes, dont certaines de grande ampleur, permettent aujourd’hui d’en préciser la fréquence dans la population française.

Environ 40 % de la population française

Les données françaises convergent vers une prévalence de la myopie de l’ordre de 40 % de la population. Une étude épidémiologique française de très grande ampleur, présentée par la Société Française d’Ophtalmologie et portant sur plus de 3,1 millions d’adultes, a estimé la prévalence de la myopie, tous degrés confondus, à environ 44 %. Cette même étude a mis en évidence une différence entre les sexes, avec une prévalence plus élevée chez les femmes, autour de 49 %, que chez les hommes, autour de 39 %.

Une autre étude française, menée sur plus de 100 000 personnes, a retrouvé une prévalence globale de la myopie proche de 39 %. Rapportés à la population, ces pourcentages représentent un nombre considérable de personnes : on estime qu’environ 27 millions de Français sont myopes. La myopie s’impose ainsi comme un trouble visuel massivement répandu dans le pays.

La répartition selon la sévérité

Tous les myopes ne présentent pas le même degré de myopie. L’étude française menée sur plus de 100 000 personnes apporte un éclairage précis sur cette répartition. La myopie faible était la plus fréquente, concernant environ 25 % de la population, suivie de la myopie modérée, autour de 11 %. La myopie forte, définie par une valeur importante, concernait environ 3,4 % des personnes, et la myopie très forte environ 0,5 %. Cette répartition est importante, car la myopie forte fait l’objet d’une attention particulière en raison des risques qu’elle comporte pour la santé de l’œil.

Une progression spectaculaire dans le temps

Si la myopie est aujourd’hui si présente dans les préoccupations de santé publique, c’est avant tout en raison de la rapidité de sa progression, qui justifie que l’on parle d’« épidémie ».

Le cas français en quelques décennies

L’évolution de la myopie en France illustre bien cette dynamique. Selon les données rappelées par le Syndicat National des Ophtalmologistes de France, la part de la population française myope serait passée d’environ 15 % en 1950 à près de 40 % en 2020, avec une projection pouvant atteindre 60 % en 2050. En l’espace de quelques générations, la fréquence de la myopie aurait ainsi été multipliée, une évolution bien trop rapide pour être attribuée à la seule génétique.

Une progression qui touche particulièrement les enfants

La progression de la myopie est particulièrement marquée chez les enfants et les jeunes. On estime qu’environ 20 % des enfants seraient aujourd’hui touchés en France, un chiffre lui-même en augmentation. Une méta-analyse européenne a d’ailleurs relevé que la France présentait l’une des prévalences les plus élevées de myopie chez les enfants de 9 ans parmi les pays étudiés, autour de 19 %. Cette précocité est préoccupante, car une myopie qui débute tôt dispose de davantage d’années pour progresser durant la croissance.

Une tendance confirmée à l’échelle européenne

Les études européennes confirment cette tendance à la hausse, tout en apportant des nuances méthodologiques. Une méta-analyse portant sur les données de quatorze pays européens a estimé la prévalence globale de la myopie en Europe à environ 23,5 %, avec de fortes variations d’un pays à l’autre, allant d’environ 12 % en Finlande à près de 50 % en Suède. Cette analyse a confirmé une augmentation de la prévalence entre les périodes 2000-2010 et 2011-2022. Elle souligne aussi l’importance de la méthode de mesure : les prévalences diffèrent selon que la mesure est réalisée ou non après neutralisation de l’accommodation, un point technique qui explique une partie des écarts entre études.

La myopie dans le monde : une épidémie planétaire

À l’échelle mondiale, la myopie est devenue l’un des principaux enjeux de santé visuelle, avec des chiffres qui donnent la mesure du phénomène.

2,6 milliards de personnes aujourd’hui

Les estimations internationales, reprises par des sources françaises comme l’Inserm et l’Université de Bordeaux, indiquent que la myopie touche environ un tiers de la population mondiale, soit près de 2,6 milliards de personnes. Ce chiffre fait de la myopie le trouble de la réfraction le plus répandu sur la planète. Sa progression est telle qu’elle est désormais qualifiée d’épidémie mondiale par de nombreux acteurs de la santé visuelle.

Une projection à 50 % de la population mondiale en 2050

Les projections les plus citées, issues des travaux internationaux de référence, estiment que la myopie pourrait concerner près de la moitié de la population mondiale d’ici 2050, soit environ quatre milliards de personnes. Parmi elles, près d’un milliard de personnes pourraient présenter une myopie forte. Ces projections, largement relayées par les sources françaises et européennes, illustrent l’ampleur attendue du phénomène dans les décennies à venir.

De fortes disparités géographiques

La myopie se répartit très inégalement à la surface du globe. L’Asie est de loin le continent le plus touché : dans certains pays urbanisés d’Asie de l’Est et du Sud-Est, la prévalence chez les jeunes adultes peut dépasser 80 %, et certains pays comme le Japon ou la Corée du Sud affichent des taux très élevés. L’Europe et l’Amérique du Nord se situent à des niveaux intermédiaires, autour de 40 % selon certaines revues, tandis que l’Afrique et l’Amérique du Sud présentent les prévalences les plus basses. Ces contrastes considérables orientent fortement la compréhension des causes de la myopie, en pointant le rôle du mode de vie et de l’environnement.

Pourquoi la myopie augmente-t-elle autant ?

La rapidité de la progression de la myopie ne peut s’expliquer par la génétique seule. Les chiffres eux-mêmes plaident en faveur d’un rôle majeur du mode de vie et de l’environnement.

Le poids du mode de vie

L’augmentation rapide de la myopie, sur quelques décennies seulement, est trop importante pour être d’origine uniquement héréditaire. Les études pointent le rôle de deux facteurs liés au mode de vie moderne : l’intensification du travail visuel de près, notamment avec la lecture et les écrans, et la diminution du temps passé à l’extérieur, à la lumière du jour. Cette tendance, particulièrement marquée chez les enfants des pays développés qui passent moins de temps dehors et davantage sur des activités rapprochées, est aujourd’hui considérée comme une explication majeure de l’essor de la myopie dans le monde.

Une part génétique qui demeure

La composante héréditaire n’est pas absente pour autant. Les études estiment que l’hérédité explique une part de la variation des défauts de la réfraction, le risque étant plus élevé lorsque les parents sont eux-mêmes myopes. Mais cette prédisposition interagit avec l’environnement : c’est la combinaison des deux qui détermine l’apparition et l’évolution de la myopie. L’augmentation observée traduit donc probablement l’effet d’un mode de vie qui révèle et amplifie des prédispositions préexistantes.

Une prise de conscience croissante en France

Face à cette progression, la myopie fait l’objet d’une attention grandissante en France. Des campagnes nationales d’information et de dépistage ont été menées ces dernières années, et des enquêtes d’opinion, comme le Baromètre de la myopie en France, ont cherché à mesurer non seulement la prévalence, mais aussi le niveau de connaissance et de prévention de la population. Ces initiatives traduisent une prise de conscience du caractère préoccupant de l’évolution de la myopie, en particulier chez l’enfant. Elles visent à encourager un dépistage plus précoce et une meilleure information des familles, à un âge où le repérage de la myopie a le plus d’intérêt. Cette mobilisation illustre le passage de la myopie du statut de simple défaut visuel à celui d’enjeu de santé publique à part entière.

La myopie forte, un enjeu de santé publique

Au-delà de la fréquence globale, c’est la myopie forte qui concentre le plus d’inquiétudes, car elle ne se limite pas à une gêne visuelle corrigeable.

La myopie forte, définie par une myopie importante ou un œil très allongé, correspond à un étirement des tissus de l’œil, notamment de la rétine. Sa prévalence, aujourd’hui estimée entre 4 et 11 % selon les régions, pourrait atteindre environ 10 % de la population mondiale en 2050. Cet enjeu est majeur car la myopie forte augmente le risque de survenue d’autres affections oculaires graves, et elle figure déjà parmi les premières causes de malvoyance et de cécité en Europe, une situation elle-même en progression.

Ces données expliquent pourquoi la surveillance de la myopie, en particulier chez l’enfant chez qui elle est susceptible de progresser, est devenue une préoccupation centrale de l’ophtalmologie contemporaine. L’enjeu n’est pas seulement optique : il s’agit de préserver la santé de l’œil sur le long terme.

Ce que ces chiffres signifient concrètement

Au-delà des pourcentages, ces données dessinent un constat clair. La myopie, avec environ 40 % de la population française et 2,6 milliards de personnes dans le monde concernées, est le trouble visuel le plus répandu, et sa progression rapide en fait un véritable enjeu de santé publique. La forte prévalence chez les enfants et les projections à l’horizon 2050 renforcent l’urgence d’une vigilance accrue.

Ces chiffres soulignent l’importance du dépistage précoce, tout particulièrement chez l’enfant, à un âge où la myopie apparaît et progresse. Ils rappellent aussi l’attention spécifique que mérite la myopie forte, en raison de ses conséquences possibles sur la santé de l’œil. Comprendre la myopie en chiffres, c’est finalement mesurer pourquoi elle est aujourd’hui au cœur des préoccupations des ophtalmologistes et des autorités de santé, en France comme dans le monde.

La myopie en chiffres : les points essentiels à retenir

La myopie concerne environ 40 % de la population française, soit près de 27 millions de personnes, avec une prévalence un peu plus élevée chez les femmes. En France, sa fréquence serait passée d’environ 15 % en 1950 à près de 40 % en 2020, avec une projection possible de 60 % en 2050. Environ 20 % des enfants seraient déjà touchés. En Europe, la prévalence globale est estimée autour de 23 %, avec de fortes variations entre pays.

À l’échelle mondiale, la myopie touche environ 2,6 milliards de personnes, soit près d’un tiers de la population, et pourrait concerner la moitié de l’humanité en 2050, dont près d’un milliard de myopes forts. L’Asie est la région la plus touchée. Cette progression rapide est largement attribuée au mode de vie, en particulier au travail de près et au manque de temps passé à l’extérieur. Enfin, la myopie forte constitue un enjeu majeur, car elle figure parmi les premières causes de malvoyance en Europe. Ces données confirment l’importance du dépistage précoce, notamment chez l’enfant.

Questions fréquentes

Quel pourcentage de la population française est myope ?

Les études françaises estiment la prévalence de la myopie autour de 40 %, une vaste étude portant sur plus de 3 millions d’adultes retrouvant environ 44 %, tous degrés confondus. Cela représente près de 27 millions de personnes en France.

Combien de personnes sont myopes dans le monde ?

La myopie touche environ un tiers de la population mondiale, soit près de 2,6 milliards de personnes. Les projections estiment qu’elle pourrait concerner près de la moitié de la population mondiale, soit environ quatre milliards de personnes, d’ici 2050.

La myopie augmente-t-elle vraiment ?

Oui. En France, la prévalence serait passée d’environ 15 % en 1950 à près de 40 % en 2020. Cette progression rapide, observée dans le monde entier, est largement attribuée au mode de vie moderne, notamment au travail de près et au manque de temps passé à l’extérieur.

Les enfants sont-ils concernés par la myopie ?

Oui, de plus en plus. On estime qu’environ 20 % des enfants sont touchés en France, un chiffre en augmentation. La myopie de l’enfant fait l’objet d’une attention particulière car elle peut progresser durant la croissance.

Qu’est-ce que la myopie forte et pourquoi est-elle préoccupante ?

La myopie forte correspond à une myopie importante et à un œil très allongé. Sa prévalence pourrait atteindre environ 10 % de la population mondiale en 2050. Elle est préoccupante car elle augmente le risque d’autres affections oculaires et figure parmi les premières causes de malvoyance en Europe.


Références

Les données chiffrées de cet article sont issues des publications et sources suivantes, avec une priorité donnée aux sources françaises et européennes :

  • Société Française d’Ophtalmologie (SFO). Épidémiologie de la myopie en France : données issues d’un groupement d’opticiens (analyse portant sur plus de 3,1 millions d’adultes).
  • Matamoros E, et al. Prevalence of Myopia in France: A Cross-Sectional Analysis (étude portant sur plus de 100 000 personnes). Medicine (Baltimore).
  • SNOF – Syndicat National des Ophtalmologistes de France, et Baromètre de la myopie en France (SNOF / Ipsos / IEMP, en partenariat avec Essilor) : évolution de la prévalence en France.
  • Épidémiologie de la myopie. Université de Bordeaux, Inserm, BPH U1219 (données mondiales et projections 2050). EM-Consulte, 2025.
  • Méta-analyse de la prévalence de la myopie en Europe (données de 14 pays) : prévalence européenne globale et variations par pays.
  • Child Myopia Prevalence in Europe: A Systematic Review and Meta-Analysis (prévalence chez l’enfant, dont la France).
  • Holden BA, et al. Global Prevalence of Myopia and High Myopia and Temporal Trends from 2000 through 2050. Ophthalmology. 2016 (projections mondiales de référence).