Pr Pierre-Jean Pisella Tours

Pr Pierre-Jean Pisella : la référence tourangelle de la surface oculaire, de la cornée et du glaucome

Chef du service d’ophtalmologie au CHU de Tours et ancien président de la Société Française d’Ophtalmologie, le Pr Pierre-Jean Pisella a construit, dès sa double thèse de médecine et de pharmacie, une expertise singulière sur la surface oculaire, la toxicité des collyres et le glaucome.

Peu d’ophtalmologistes français peuvent se prévaloir d’une double thèse en médecine et en pharmacie, toutes deux consacrées à l’inflammation et à la toxicologie de la surface oculaire. C’est le parcours peu commun du Pr Pierre-Jean Pisella, chef du service d’ophtalmologie du CHU de Tours(hôpital Bretonneau) et président de la Société Française d’Ophtalmologie (SFO) en 2017-2018. Coordinateur du volumineux Rapport SFO 2015 consacré à la surface oculaire, coauteur d’un ouvrage de référence sur l’allergie oculaire et pionnier, dès les années 1990, de la recherche sur la toxicité des conservateurs des collyres, il a bâti à Tours un pôle d’excellence reconnu en surface oculaire, en cornée et en glaucome. Portrait détaillé d’une figure qui incarne, en Centre-Val de Loire, l’articulation entre recherche fondamentale, pratique clinique et gouvernance de la profession.

Qui est le Professeur Pierre-Jean Pisella ?

Le Pr Pierre-Jean Pisella est professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH), chef du service d’ophtalmologie du CHU de Tours (hôpital Bretonneau) et professeur des universités à la Faculté de médecine de l’Université de Tours.

Une double formation unique : médecine et pharmacie (ophtalmo-toxicologie)

Sa formation initiale explique directement la singularité de son expertise. En 1996, il soutient à Paris 6 une thèse d’exercice de médecine intitulée « Nouvelles méthodes d’exploration de l’inflammation de la surface oculaire », sous la direction du Pr Christophe Baudouin — l’une des grandes références françaises et internationales de la recherche sur la surface oculaire. Cinq ans plus tard, en 2001, il obtient un doctorat de pharmacie en ophtalmo-toxicologie à Paris 5, sous la direction du Pr Jean-Michel Warnet, avec une thèse consacrée à « L’inflammation dans les pathologies chroniques du film lacrymal : explorations physiopathologiques et toxicologiques ». Cette double compétence médecine-pharmacie, rare dans la profession, fait de lui l’un des rares ophtalmologistes français formés spécifiquement à la toxicologie oculaire.

Fonctions actuelles au CHU de Tours

  • Chef du service d’ophtalmologie, CHU de Tours, hôpital Bretonneau ;
  • Professeur des universités, Faculté de médecine de Tours ;
  • Praticien référent des consultations de pathologie de la surface oculaire, de cornée et chirurgie réfractive, de cataracte et de glaucome au sein de son service ;
  • Ancien président de la Société Française d’Ophtalmologie(mandat 2017-2018).

Une expertise fondatrice de la surface oculaire

La « surface oculaire » — cornée, conjonctive et film lacrymal — s’est imposée depuis une vingtaine d’années comme un concept transversal en ophtalmologie, à la croisée de la sécheresse oculaire, de l’allergie, des suites de chirurgie et de la tolérance aux traitements chroniques. Le Pr Pisella a été l’un des artisans français de cette structuration conceptuelle.

Qu’est-ce que la surface oculaire ?

Comme il l’explique lui-même, la surface oculaire n’est ni une maladie, ni un syndrome, ni un ensemble de signes cliniques, mais un concept anatomo-physiologique récent, fondé sur l’unité fonctionnelle formée par le film lacrymal, l’épithélium cornéen et conjonctival, et les glandes lacrymales et meibomiennes. L’intérêt de cette approche transversale tient à deux constats : d’une part, la cornée constitue la voie d’abord de la plupart des chirurgies oculaires (cataracte, glaucome, chirurgie réfractive) ; d’autre part, des pathologies très différentes partagent une symptomatologie équivoque — prurit, rougeur, sensation de corps étranger — qui ne permet pas, à elle seule, de les différencier.

Le Rapport SFO 2015 : un ouvrage de référence de 720 pages

En 2015, le Pr Pisella a coordonné, avec les Prs Christophe Baudouin et Thanh Hoang-Xuan, le Rapport annuel de la Société Française d’Ophtalmologie consacré à la « Surface oculaire », un ouvrage de 720 pages publié chez Elsevier Masson qui fait aujourd’hui référence dans la discipline. Chacun des trois co-rapporteurs a coordonné une partie de l’ouvrage, avec la contribution d’une importante communauté d’experts français.

L’allergie oculaire, un versant complémentaire

En 2011, il a également coédité, avec les Drs Serge Doan et Bruno Mortemousque, l’ouvrage « L’allergie oculaire : de la clinique au traitement » (Med’Com), destiné à guider les praticiens dans la démarche diagnostique et thérapeutique face aux pathologies allergiques oculaires — des conjonctivites allergiques saisonnières aux formes sévères que sont les kératoconjonctivites vernales et atopiques. Il a par ailleurs publié, dès 2007, un chapitre de référence sur l’allergie oculaire de contact, détaillant la méthodologie des tests épicutanés (batterie standard européenne complétée par des allergènes ciblés : conservateurs, excipients, parfums, acrylates) utile notamment chez les porteurs de lentilles et les patients traités au long cours par collyres.

La toxicité des conservateurs, un combat scientifique de longue date

C’est sans doute la contribution la plus durable du Pr Pisella à l’ophtalmologie : avoir contribué, dès les années 1990, à documenter scientifiquement la toxicité de certains conservateurs de collyres sur la surface oculaire — un travail qui a durablement transformé les pratiques de prescription.

Le chlorure de benzalkonium (BAK), un conservateur sous surveillance

Les pharmacopées imposent que les collyres en flacon multidose contiennent un conservateur antimicrobien pour garantir leur stérilité. Le chlorure de benzalkonium (BAK), ammonium quaternaire chef de file de cette famille, agit en altérant les membranes cellulaires — un mécanisme efficace contre les micro-organismes, mais potentiellement toxique pour les cellules de la surface oculaire en cas d’exposition chronique, comme c’est le cas chez les patients glaucomateux traités à vie par plusieurs collyres quotidiens.

UN CAS CLINIQUE FONDATEUR

Dès 1992, le Pr Pisella cosigne, avec P. Pouliquen et C. Baudouin, la description d’un cas de kératoconjonctivite toxique chez un patient traité par trois médicaments antiglaucomateux contenant des conservateurs, avec une nette amélioration après l’arrêt de l’un d’entre eux et le passage à des collyres sans conservateur. Ce type d’observation clinique princeps a contribué à établir un principe désormais bien admis : devant une atteinte de la surface oculaire chez un patient glaucomateux, la réduction ou la suppression du facteur causal (les conservateurs) est toujours plus efficace qu’une stratégie d’addition consistant à superposer un traitement de la sécheresse oculaire au traitement antiglaucomateux incriminé.

Vers les collyres sans conservateur

Ces travaux, poursuivis pendant plus de deux décennies et synthétisés notamment dans le Rapport SFO 2014 sur le glaucome primitif à angle ouvert, ont accompagné l’évolution progressive de l’industrie pharmaceutique vers des formulations sans conservateur, aujourd’hui largement disponibles pour les traitements antiglaucomateux chroniques — une évolution majeure de la prise en charge au long cours des patients glaucomateux, à laquelle le Pr Pisella a directement contribué par ses travaux de recherche.

Une expertise reconnue en glaucome

Concilier efficacité tensionnelle et tolérance de la surface oculaire

Le glaucome constitue le troisième pilier de l’expertise du Pr Pisella, dans une continuité logique avec ses travaux sur la surface oculaire : l’examen de la surface oculaire et du segment antérieur doit être systématique chez tout patient glaucomateux ou hypertone, à la recherche de signes de sécheresse ou d’inflammation pouvant être liés au traitement plutôt qu’à la maladie elle-même — un principe qu’il a largement contribué à diffuser dans la communauté ophtalmologique française.

Les nouvelles techniques chirurgicales du glaucome

Praticien référent de la consultation de glaucome au CHU de Tours, il intervient régulièrement dans les congrès nationaux sur l’évolution des techniques chirurgicales du glaucome — un domaine qui a connu, au cours de la dernière décennie, l’essor des techniques dites micro-invasives (MIGS), moins agressives pour la surface oculaire que la chirurgie filtrante conventionnelle (trabéculectomie), en cohérence directe avec sa préoccupation constante de préserver la tolérance de la surface oculaire chez le patient glaucomateux chronique. Il a également participé à des travaux sur la performance visuelle des implants intraoculaires multifocaux chez les patients glaucomateux opérés de la cataracte, une population chez laquelle le choix de l’implant doit concilier correction réfractive et préservation du champ visuel.

Cornée, chirurgie réfractive et cataracte

Kératocône et maladies rares de la cornée

Sur le versant cornéen, le Pr Pisella participe régulièrement à des symposiums consacrés aux maladies rares de la cornée, aux côtés d’autres figures françaises de la sous-spécialité telles que les Prs Jean-Louis Bourges, Marc Labetoulle ou Marc Muraine — une communauté restreinte de spécialistes qui structure la prise en charge de pathologies cornéennes complexes comme le kératocône ou les dystrophies cornéennes héréditaires.

Chirurgie de la cataracte : anticiper les évolutions

Orateur régulièrement invité aux congrès de la Société Française d’Ophtalmologie sur le thème « L’actuel et le futur de la chirurgie de la cataracte » — une conférence-débat qu’il a animée lors de plusieurs éditions du congrès —, il est reconnu comme une voix de référence sur les évolutions technologiques de cette chirurgie, la plus fréquemment réalisée en ophtalmologie, à la croisée de la cornée (voie d’abord chirurgicale) et de la réfraction.

Un enseignant et un directeur de recherche

Professeur des universités, le Pr Pisella encadre de longue date la formation des internes du CHU de Tours, dont plusieurs témoignages de thèses soutenues sous sa présidence de jury soulignent la bienveillance et la disponibilité pédagogique. Il a également dirigé des travaux de thèse portant sur la phase lipidique du film lacrymal, physiologie et pathologie — un sujet directement issu de ses propres travaux doctoraux sur l’inflammation du film lacrymal, assurant une continuité entre sa propre formation de chercheur et l’encadrement des générations suivantes.

Pourquoi c’est notable : selon Google Scholar, les travaux du Pr Pisella comptent plus de 7 900 citations à ce jour — un indicateur de l’influence durable de ses recherches sur la surface oculaire et la toxicité des conservateurs dans la littérature ophtalmologique internationale.

Une implication institutionnelle nationale de premier plan

Président de la Société Française d’Ophtalmologie (2017-2018)

Le Pr Pisella a présidé la Société Française d’Ophtalmologie pour le mandat 2017-2018, présidant notamment le 124e congrès international de la société, qui s’est tenu à Paris en mai 2018. Le bureau de la SFO qu’il présidait réunissait alors le Pr Bahram Bodaghi (vice-président), le Dr Isabelle Cochereau (secrétaire générale), le Pr Laurent Kodjikian (secrétaire général adjoint) et le Dr Olivier Offret (trésorier) — une gouvernance collégiale au sein de laquelle il a notamment animé une conférence-débat remarquée sur l’avenir de la chirurgie de la cataracte.

Membre du CNU et des comités scientifiques de la spécialité

Le Pr Pisella siège au Conseil National des Universités (CNU) en ophtalmologie, l’instance chargée de la qualification et de la carrière des enseignants-chercheurs de la spécialité, aux côtés d’autres professeurs référents de la discipline. Il est également membre du Comité Scientifiquede la revue Réalités Ophtalmologiques, aux côtés de figures telles que Christophe Baudouin, Béatrice Cochener, Catherine Creuzot-Garcher, Philippe Denis, Jean-François Korobelnik ou José-Alain Sahel — un cercle restreint qui structure une bonne part de la production éditoriale française en ophtalmologie.

Un rayonnement scientifique confirmé

Au-delà de sa présidence de la SFO, le Pr Pisella continue de contribuer activement aux congrès nationaux et aux publications de référence de la spécialité. Ses travaux les plus récents, publiés dans le Journal Français d’Ophtalmologie en collaboration notamment avec R.K. Khanna, portent aussi bien sur des questions de neuro-ophtalmologie vasculaire — comme un cas d’occlusion de l’artère centrale de la rétine associée à une dissection carotidienne interne survenue après un prélèvement nasopharyngé de dépistage de la Covid-19 — que sur d’autres thématiques cliniques, illustrant une activité de publication qui reste soutenue plus de vingt-cinq ans après ses premiers travaux de thèse.

Pourquoi le Pr Pierre-Jean Pisella est-il une référence en Centre-Val de Loire et au-delà ?

Plusieurs éléments, cumulés, expliquent la réputation solidement établie dont bénéficie le Pr Pisella :

  • une double formation rare, médecine et pharmacie en ophtalmo-toxicologie, qui fonde scientifiquement son expertise de la surface oculaire ;
  • une contribution pionnière et durable à la compréhension de la toxicité des conservateurs des collyres, avec un impact concret sur les pratiques de prescription en France ;
  • la coordination du Rapport SFO 2015 « Surface oculaire », ouvrage de référence de 720 pages pour la profession ;
  • la coédition d’un ouvrage de référence sur l’allergie oculaire, complétant son expertise de la surface oculaire ;
  • une triple compétence clinique reconnue en surface oculaire, cornée/chirurgie réfractive et glaucome, articulée autour d’une logique clinique cohérente ;
  • la présidence de la Société Française d’Ophtalmologie en 2017-2018, point d’orgue institutionnel de sa carrière ;
  • un rayonnement scientifique mesurable, avec près de 8 000 citations de ses travaux ;
  • un rôle actif dans les réseaux français de référence sur les maladies rares de la cornée et l’évolution de la chirurgie de la cataracte ;
  • un engagement pédagogique constant auprès des internes du CHU de Tours, dont il dirige les travaux de thèse.

C’est la combinaison de cette expertise scientifique fondatrice, de cette triple compétence clinique cohérente et de cet engagement institutionnel national qui distingue durablement le profil du Pr Pisella dans l’ophtalmologie française contemporaine.

Où consulter le Pr Pierre-Jean Pisella ?

Le Pr Pisella exerce au sein du service d’ophtalmologie du CHU de Tours, sur le site de l’hôpital Bretonneau (2 boulevard Tonnellé, 37000 Tours). Les rendez-vous de consultation ou de prise en charge chirurgicale s’organisent via le secrétariat du service ; les interventions chirurgicales qu’il réalise personnellement sont programmées directement par son secrétariat dédié. Comme pour tout service hospitalo-universitaire à ce niveau de spécialisation, les patients présentant une pathologie complexe de la surface oculaire, de la cornée ou du glaucome sont le plus souvent adressés par leur ophtalmologiste traitant.

Cet article a une vocation informative et journalistique. Il ne constitue en aucun cas un avis médical personnalisé. Pour toute question relative à un diagnostic ou à un traitement, il est indispensable de consulter un ophtalmologiste ou de se rapprocher du service hospitalier concerné.

Questions fréquentes sur le Pr Pierre-Jean Pisella

Qu’est-ce que la surface oculaire ?

C’est un concept anatomo-physiologique regroupant la cornée, la conjonctive et le film lacrymal, considérés comme une unité fonctionnelle. Il permet d’expliquer pourquoi des pathologies très différentes (sécheresse, allergie, toxicité médicamenteuse, suites de chirurgie) partagent des symptômes communs comme la rougeur ou le prurit.

Pourquoi les conservateurs des collyres posent-ils problème ?

Certains conservateurs, en particulier le chlorure de benzalkonium, assurent la stérilité des collyres en flacon multidose mais peuvent, en cas d’exposition chronique comme chez les patients glaucomateux, altérer les cellules de la surface oculaire et provoquer une sécheresse ou une inflammation chronique. C’est pourquoi les collyres sans conservateur sont aujourd’hui privilégiés pour les traitements au long cours.

Qu’est-ce que le Rapport SFO 2015 sur la surface oculaire ?

Il s’agit d’un ouvrage de référence de 720 pages, coordonné par le Pr Pisella avec les Prs Christophe Baudouin et Thanh Hoang-Xuan, qui fait le point sur l’ensemble des connaissances relatives à la surface oculaire pour la communauté ophtalmologique française.

Quelle a été la fonction du Pr Pisella à la Société Française d’Ophtalmologie ?

Il a présidé la SFO pour le mandat 2017-2018, présidant notamment le 124e congrès international de la société à Paris en mai 2018.

En résumé

Entre une formation initiale rare en médecine et en pharmacie spécialisée en ophtalmo-toxicologie, une contribution scientifique durable à la compréhension de la toxicité des conservateurs, la coordination d’ouvrages de référence sur la surface oculaire et l’allergie oculaire, une pratique clinique large en cornée et en glaucome, et une présidence de la Société Française d’Ophtalmologie, le Pr Pierre-Jean Pisella incarne une trajectoire cohérente et singulière dans l’ophtalmologie française contemporaine. C’est cette cohérence entre formation, recherche et pratique clinique qui explique pourquoi son nom fait aujourd’hui référence, en Centre-Val de Loire comme dans la communauté ophtalmologique française.

Sources consultées :

  • Société Française d’Ophtalmologie — Présidents et secrétaires généraux de la SFO (sfo-online.fr)
  • CHU de Tours — Consultations d’ophtalmologie, hôpital Bretonneau (chu-tours.fr)
  • Cahiers d’Ophtalmologie — « SFO 2015 : la surface oculaire, un concept récent », entretien avec le Pr Pisella (cahiers-ophtalmologie.fr)
  • EM-Consulte — Rapport SFO 2015 « Surface oculaire » et Rapport SFO 2014 « Glaucome primitif à angle ouvert » (em-consulte.com)
  • IdRef / Sudoc — Notice d’autorité Pierre-Jean Pisella, thèses (idref.fr)
  • Google Scholar — Profil citations Pierre-Jean Pisella (scholar.google.fr)
  • 124e Congrès international de la Société Française d’Ophtalmologie — Programme 2018 (docplayer.fr)
  • Éditions Med’Com / Elsevier Masson — « L’allergie oculaire : de la clinique au traitement » et « Surface oculaire, Rapport SFO 2015 »
  • Podcast Ophtalmos — Entretien avec le Pr Pierre-Jean Pisella sur la sécheresse oculaire post-opératoire
  • Allergolyon — « Différents types d’allergies oculaires », citant Pisella PJ, Fauquert JL (2007)